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Maroc
dresse
l'inventaire
10.11.2005
L'Express
du
10/11/2005
Maghreb
Le Maroc
dresse
l'inventaire
A
l'occasion
du
cinquantenaire
de
l'indépendance,
une
centaine
d'experts
font un
bilan
sans
concessions.
Tandis
que le
roi
donne le
coup
d'envoi
d'un
ambitieux
programme
de
progrès
social
C'était
il y a
cinquante
ans. Le
6
novembre
1955,
après
une
série
d'entretiens
au
château
de La
Celle-Saint-Cloud
(Yvelines),
une
déclaration
commune
franco-marocaine
donnait
le coup
d'envoi
de
«négociations
destinées
à faire
accéder
le Maroc
au
statut
d'Etat
indépendant».
Le 16
novembre,
le roi
Mohammed
V,
acclamé
par un
peuple
en
liesse,
retrouvait
son pays
après
deux
années
d'exil.
Au
Maroc,
plus que
la
proclamation
formelle
de
l'indépendance,
qui
interviendra
le 2
mars
1956,
c'est le
retour
du
souverain
qui est
un jour
historique
et que
l'on
commémore.
Au-delà
des
manifestations
du
souvenir,
les
autorités
chérifiennes
ont
choisi
une
façon
originale
de
célébrer
ce
jubilé,
en
lançant
une
sorte
d'audit
multidisciplinaire
pour
tenter
d'établir
un bilan
des
réalisations
et des
échecs
en
matière
de
développement
humain
dans le
royaume,
au cours
des
cinquante
dernières
années,
afin de
dégager,
à partir
de ce
constat,
les
solutions
qui
pourraient
se
concrétiser
à
l'horizon
2025. Le
roi
devrait
trouver
sur son
bureau,
avec
quelques
semaines
de
retard -
ce
devait
être en
novembre;
ce sera
en
décembre
- un
rapport
final de
150 à
200
pages
résumant
les
travaux
d'une
centaine
de
chercheurs
et
d'experts.
Le
concept
retenu
pour cet
inventaire
est
celui
qui a
été
développé
par le
Programme
des
Nations
unies
pour le
développement
(Pnud)
depuis
plusieurs
années:
il
s'agit
de
mesurer
moins la
croissance
économique
que la
satisfaction
des
besoins
de la
population,
à
travers
un
certain
nombre
d'indicateurs
ou de
thématiques.
La mise
en
musique
de cette
opération
a été
confiée
à un
conseiller
du roi,
Abdelaziz
Meziane
Belfkih,
qui a
présidé
le
comité
de
pilotage,
ainsi
qu'à une
commission
scientifique
ayant à
sa tête
le
recteur
de
l'université
Al-Akhawayn,
Rachid
Benmokhtar
Benabdellah.
Une
dizaine
de
thèmes
ont été
retenus
(voir
l'encadré
ci-contre),
pour
lesquels
ont été
constitués,
à partir
du
printemps
2004,
des
groupes
de
chercheurs,
chacun
d'eux
disposant
d'un
coordinateur.
Quatre
autres
ateliers,
dits
«transversaux»,
ont
analysé,
parallèlement,
le
rapport
des
Marocains
à
l'Histoire,
l'évolution
des
valeurs,
les
perspectives
d'avenir
et la
situation
comparée
d'un
certain
nombre
de pays
(Espagne,
Portugal,
Tunisie,
Egypte,
Chili,
Malaisie,
Mexique,
Corée du
Sud,
Turquie
et
Irlande)
avec le
royaume
chérifien.
4 500
pages
souvent
critiques
Une
centaine
d'experts
ont été
sollicités.
Le
choix,
très
ouvert,
a permis
une
vraie
confrontation
d'idées.
«Cela a
été un
exercice
extrêmement
intéressant»,
dit l'un
des
universitaires
qui ont
coordonné
une
équipe.
En plus
de leur
participation
aux
ateliers,
qui ont
tous
débouché
sur un
rapport
de
synthèse,
chacun
des
chercheurs
a fourni
son
propre
texte.
L'ensemble
fait, au
total,
près de
4 500
pages.
La
tonalité,
selon
l'un des
responsables
du
projet,
est
souvent
très
critique.
Il faut
dire que
le Maroc
est
encore
aujourd'hui
au 154e
rang
mondial,
selon
l'indice
de
développement
humain
du Pnud.
C'est
dans le
domaine
de
l'éducation
que le
déficit
est sans
doute le
plus
criant.
Analphabétisme,
système
scolaire
qui ne
permet
pas
d'accéder
aux
savoirs
fondamentaux,
formations
inadaptées,
etc. «Il
y a des
ruptures
à
opérer»,
dit l'un
des
responsables
de
l'audit.
«Nous
n'avons
pas vu
les
enjeux»,
ajoute-t-il.
L'autre
grand
défi
touche à
la
gouvernance
et à
l'implication
des
Marocains
dans la
sphère
publique.
De ce
point de
vue, les
organisateurs
de cet
inventaire
du
cinquantenaire
espèrent
qu'il
aura
aussi un
intérêt
pédagogique,
en
permettant
aux plus
jeunes
de mieux
connaître
les
réalités
d'hier.
Le
rapport
sera en
effet
rendu
public.
Tout
comme
celui de
l'Instance
équité
et
réconciliation,
dont la
remise
au roi
est
prévue,
elle,
pour le
30
novembre
et qui
reviendra
sur les
«années
de
plomb»
avant de
fournir
des
pistes
de
réflexion
pour une
culture
des
droits
de
l'homme.
Privilégier
la
participation
Il y a
indéniablement
au
Maroc,
au
sommet
de
l'Etat,
le
souhait
de bien
faire.
Même si
la
traduction
concrète
de cette
bonne
volonté,
sur le
terrain,
laisse
parfois
à
désirer.
Il y a
également
une
population
qui ne
craint
plus de
s'exprimer,
de
manifester
son
mécontentement
et son
besoin
de
reconnaissance.
Pour
toutes
ces
raisons
- et
aussi
parce
que
l'existence
d'un
extrémisme
qui se
nourrit
de
l'injustice
sociale
inquiète
- le
«développement
humain»
est
désormais
au
centre
du
discours
officiel.
Lutte
contre
la
pauvreté
et
l'exclusion,
pour
plus de
cohésion
et de
solidarité:
ces
objectifs
fondent
ce qui
est
aujourd'hui
présenté
comme
«le
chantier
du
règne»,
un
programme
baptisé
«Initiative
nationale
pour le
développement
humain»
(INDH),
annoncé
le 18
mai
dernier
par le
roi lors
d'un
discours
radiotélévisé.
Il
s'agit,
dit l'un
de ses
concepteurs,
de
«reconnaître
le droit
à la
dignité»
et de
«renforcer
la
cohésion
sociale».
L'idée,
ambitieuse,
est de
privilégier
la
participation
et le
partenariat.
En
clair,
d'impliquer
les
populations
dans la
définition
des
besoins,
en
particulier
à
travers
le tissu
associatif,
et de
faire
travailler
ensemble
les
agents
de
l'Etat,
les élus
et les
«associatifs»
au
niveau
des
communes
ou des
quartiers.
En
favorisant
les
projets,
même
petits,
susceptibles
d'améliorer
les
conditions
de vie,
à
commencer
par ceux
qui sont
générateurs
de
revenus,
ou
l'accès
aux
services
sociaux.
A partir
de la
carte
communale
de la
pauvreté,
publiée
en
octobre,
360
communes
rurales
et 250
quartiers
urbains
seront
sélectionnés
d'ici au
début de
2006.
C'est à
ce
niveau
que
seront
définies
les
priorités,
celles-ci
étant
ensuite
validées
à
l'échelon
provincial.
Reste à
savoir
comment
les
mokkadems
-
fonctionnaires
locaux -
s'adapteront
à la
démocratie
participative,
dont le
moins
que l'on
puisse
dire est
qu'elle
ne fait
pas
partie
de leur
culture...
Le roi
multiplie
les
visites
Un
budget
de 10
milliards
de
dirhams
(1
milliard
d'euros)
est
prévu au
titre de
l'INDH
pour les
cinq
prochaines
années,
dont 60%
seront
fournis
par
l'Etat,
20% par
les
collectivités
locales
et 20%
par la
coopération
internationale.
Les
Marocains
espèrent
pouvoir
dégager
ce
financement
en y
consacrant
une
partie
de
l'augmentation
des
ressources
fiscales
- la
TVA,
notamment
-
engendrées
par la
croissance,
qui,
hors
agriculture,
se situe
généralement
entre 3
et 4%
par an.
Le
programme
devrait
atteindre
son
rythme
de
croisière
dans le
courant
de
l'année
2007.
Les
besoins
sont
immenses
dans un
pays où
le taux
d'analphabétisme
est
encore
de 40% -
avec 2
millions
d'enfants
non
scolarisés
- et où
la
pauvreté
absolue
- moins
de 10
dirhams
(1 euro)
par jour
- touche
14,2% de
la
population,
le
chômage
frappant
30% des
jeunes.
Alors
même que
l'Etat
affecte
pratiquement
la
moitié
de son
budget
aux
secteurs
sociaux.
Afin de
mieux
mobiliser,
un
programme
de
démarrage
qui
couvre
le
second
semestre
de 2005
et
bénéficie
d'une
enveloppe
de 250
000
dirhams
est en
cours de
réalisation,
avec le
soutien
très
actif du
souverain.
Ce
dernier
multiplie,
en
effet,
depuis
le début
du mois
de
septembre,
les
visites
de
terrain
médiatisées,
lançant
chaque
jour des
projets
étiquetés
ou
réétiquetés
«INDH».
Mais les
communes
cibles
n'ont
pas
encore
été
choisies.
Il
s'agit
en
réalité
d'une
sorte de
«version
démo»
qui vise
essentiellement
à
promouvoir
l'INDH
et à
expliquer
en quoi
elle
innove.
«Les 10
milliards
de
dirhams
ne
résument
pas
l'INDH,
souligne
un haut
fonctionnaire.
Il
s'agit
d'une
autre
approche
de la
gestion
de la
chose
publique.» |